Où va le rugby français ?

Chronique du lundi 23 février 2009

En plein milieu de la saison, juste après les élections de 2 nouveaux présidents à la FFR et à la LNR et surtout à quelques jours de la rencontre entre l’équipe de France et la meilleure équipe d’Europe,  il est intéressant de se poser une telle question.

Quel est le véritable niveau de notre championnat ?

Si l’équipe de France prend une leçon de rugby, ce vendredi, contre le Pays de Galles, le coupable est d’ors et déjà désigné : le Top14 ! Marc Lièvremont en a fait sa cible depuis de nombreuses semaines, l’accusant de ne pas être de haut niveau, de ne pas permettre à l’équipe de France d’y trouver des joueurs performants et la presse a foncé dans le panneau. Je trouve que le coupable a bon dos.

Le niveau du championnat de France me satisfait globalement même s’il me frustre souvent. Je m’explique ! Le Top14 a les moyens de proposer une compétition spectaculaire et indécise mais n’arrive pas totalement à le faire. Je prends l’exemple du Toulouse – Clermont de ce week-end. C’est une superbe affiche avec 2 équipes décidées voire obligées à produire du jeu pour l’emporter. Le problème, c’est que cette superbe rencontre n’est, en fait, qu’un match de reprise glissé entre 2 rencontres du Tournoi. Du coup, entre les internationaux qui ont besoin de souffler psychologiquement et physiquement et les autres joueurs qui reviennent de vacances, difficile d’espérer mieux que ce que l’on a vu. Ce qui est d’autant plus frustrant que l’on sentait les joueurs présents sur le terrain vouloir plus qu’ils ne pouvaient finalement offrir !

Pour voir un Top14 totalement épanoui avec des équipes bien dans la compétition, il n’y a pas de secret. Il faut que cette compétition enchaîne ses journées et ne soit pas coupée à tout bout de champ par la HCup ou les matchs internationaux. Les joueurs et les équipes ont besoin de repère et ne peuvent offrir le meilleur qu’en enchaînant les rencontres. Ce n’est qu’après 4 ou 5 matchs à la suite d’une même compétition que les rencontres sont les plus abouties. Même la HCup vient couper cet élan car les repères ne sont pas les mêmes.

En conclusion, Marc Lièvremont n’a pas totalement tort mais il se trompe de cible. Le véritable coupable c’est le calendrier national et international et surtout le trop grand nombre de matchs joués en France et ce, d’autant plus, que les internationaux des autres pays jouent de moins en moins.

Tant que la saison de rugby sera un tel mille-feuille, il ne sera pas possible d’avoir un championnat national plus performant même si, c’est vrai qu’un passage à 12 clubs permettrait non seulement une meilleure homogénéité des équipes avec, en plus, l’énorme avantage de faire souffler les joueurs. Mais en période de crise, allez demander aux clubs de se priver de 2 recettes supplémentaires !!!

Quel est le véritable niveau des clubs français ?

Difficile à dire dans les conditions actuelles. La préparation de début de saison ayant été écourtée à cause des décalages subis par l’organisation de la Coupe du Monde en France, les clubs français ont fait pale figure en HCup. C’est circonstanciel et il ne faut pas en tirer de conclusion définitive, certes ! Mais comme dans le même temps, les Gallois et les Irlandais se sont structurés à la fois pour réduire le nombre de matchs joués par leurs meilleurs joueurs et se focaliser sur la Coupe d’Europe, il parait difficile de rester optimiste tant que, encore une fois, les clubs français joueront autant.

Le problème pourrait d’ailleurs être le même pour les clubs anglais sauf que le contrat qui les lie avec la fédération va rapidement les aider à résoudre le problème. Si Martin Johnson est malin, il obligera ses internationaux à ne jouer, principalement, que les matchs de Coupe d’Europe de manière à se rapprocher du niveau de jeu des rencontres internationales. Seul, alors, les clubs français auront des joueurs qui ne bénéficieront d’aucune plage de repos pendant la saison et subiront toujours un déficit de fraîcheur physique au moment de rencontrer leurs adversaires européens. Même Toulouse et son effectif pléthorique ne pourra plus grand chose contre cela…

Quel est le véritable niveau des joueurs français ?

Pas besoin d’insister ici. La France possède un, si ce n’est le meilleur, réservoir au monde de bons joueurs autant en termes qualitatif que quantitatif. Si Yannick Jauzion avait pu se reposer et se préparer suffisamment, il serait toujours le meilleur centre du monde. Pas de doute à ce niveau-là.

Seule ombre au tableau, c’est vrai, le nombre d’étrangers dans notre championnat. Mais, même avec ce handicap, les joueurs français continuent de percer. Il y a 2 ans, on n’avait soit-disant plus de pilier droit français de niveau international. Résultat aujourd’hui : Mas, Lecouls et maintenant Domingo font les beaux jours de l’équipe de France. 

Il faut rester vigilant bien sûr, mais il n’y a pas d’inquiétude particulière sur notre réservoir de joueurs. Heureusement d’ailleurs…

Quel est le véritable niveau de l’équipe de France ?

8ième, tout simplement. Ce n’est pas moi qui le dit mais l’IRB et je suis d’accord avec ce classement. Tant que l’on sera, à l’exception de l’Argentine, l’équipe qui s’entraîne le moins avec, en plus, des joueurs fatigués, il est difficile de prétendre à mieux. Quant on voit le niveau du Pays de Galles lors de leur premier match du Tournoi, on a de quoi se faire du soucis. Les Gallois ont joué comme une équipe en fin de compétition, les joueurs étant capables de se trouver les yeux fermés. Ce qui démontre bien la quantité et la qualité des entraînements qu’ils ont dû enchaîner depuis le début de l’année. Pareil pour l’Irlande dont l’organisation en touche, par exemple, bénéficie de la cohésion des joueurs du Munster. Je ne parle pas, bien sûr, des 3 de l’hémisphère Sud qui sont exemplaires à ce niveau-là depuis longtemps.  

Heureusement, pour la Coupe du Monde, toutes les équipes partent sur un pied d’égalité avec une préparation 3 mois avant le début de la compétition. Le problème, c’est que le fossé tend à se creuser de plus en plus pendant les 4 ans qui précèdent et que j’ai du mal à croire, malgré le talent des joueurs, que 3 mois suffiront à l’équipe de France pour combler le retard ainsi accumulé.

L’équipe de France est la 8ième nation mondiale, elle vise la deuxième place de sa poule à la Coupe du Monde 2011 et, sans un exploit en quart de finale, elle deviendra 9ième. Malheureusement, ce glissement parait en l’état difficile à arrêter.

QUE FAIRE ALORS ?

Face à l’aveuglement des dirigeants Français et à l’auto-satisfaction générale, j’en suis malheureusement et tristement à souhaiter que le match de ce vendredi contre le Pays de Galles serve d’électro-choc pour tout le rugby français, professionnel et amateur. Je dis malheureusement et tristement car une telle réaction ne peut se faire qu’à partir d’une lourde défaite française.

Mais, même une défaite cuisante peut-elle aider le rugby français à réagir ? Vu que l’on a déjà un coupable tout désigné, le Top14, et que, en plus, le nouveau président de la LNR a déjà prévu de mettre un coup de peinture avec un mini ajustement qui sera présenté comme une révolution, je ne vois pas vraiment ce qui va changer.

Du coup, autant souhaiter une victoire héroïque de l’équipe de France contre le Pays de Galles, comme un de ces miracles qui permet au rugby français de se rendormir en se disant que, ça y est, cette fois, on est parti dans la bonne direction ! On aura toujours le temps, ensuite, de se trouver de nouvelles excuses pour expliquer pourquoi l’on est devenu la 9ième nation mondiale…

Commentaires (1)

steynthebest23 février 2009 à 13:21

Bonjour.
Vous avez raison, il est urgent de réformer notre rugby afin de pouvoir rivaliser avec les meilleurs.Tous d’abord avant de se lancer dans d’importantes réformes il y a un point qui, je pense, doit être amélioré : la relation entre les clubs et l’équipe nationale.
On a encore eu un exemple ce week-end de ces mauvaises relations avec « l’affaire Lecouls ».Petit rappel des faits : après le match contre l’Irlande, le staff tricolore déclare que le pilier Toulousain est gravement blessé et laisse entendre que sa carrière est en danger.Lecouls rentre donc à Toulouse.Et là, hier, il est aligné d’entrée au poste de pilier droit dans un match de haut niveau et il livre un très bon match surtout en mêlée…Dans les déclarations d’aprés match Guy Novès déclare : « il n’y a pas de problème Lecouls » il rajoute même « comme tous les piliers, il souffre d’arthrose ».Le concerné pour sa part dit : « je peux jouer »…Le manager du Stade Toulousain remettrait-il en cause les compétences de l’encadrement de l’équipe de France???De plus cet épisode vient s’ajouter à la colère des clubs concernant le stage d’avant tournoi…
En conclusion je pense comme vous qu’il est urgent que tout soit mis en place, tant au niveau des club que de l’équipe nationale, pour permettre au rugby Francais de progresser.

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