La France est-elle devenue une nation mineure du rugby mondial ?

La France est aujourd’hui classée 7ième nation mondiale derrière des pays comme le Pays de Galles et l’Argentine, loin de l’Afrique du Sud et de la Nouvelle Zélande et tout le monde semble trouver cela normal. Pourtant un tel glissement semble durable et l’équipe de France ne parait plus en mesure de se rapprocher des 2 premières places. Explications.

L’équipe de France, seulement capable de rares exploits ?                                                                           La France est capable de battre n’importe quel équipe, oui, mais jamais 2 fois de suite ! C’est vrai que quelle que soit l’époque, les joueurs français sont toujours capables d’un exploit en Coupe du Monde : demi finales 1987 et 1999, quart de finale 2007. Le problème c’est que, d’une part, derrière l’exploit, il n’y a plus d’essence dans le moteur ce qui entraîne généralement une défaite lors du match suivant et, d’autre part, si une telle victoire à la Pyrrhus se passe maintenant en quart de finale là où, précédemment, elle avait lieu en demi, cela nous éloigne d’autant plus des premières places. Avec un tirage au sort pour la Coupe du Monde 2011 qui pourrait placer la France dans la poule de la Nouvelle Zélande, pays d’accueil de l’épreuve, nous serions à nouveau dans cette configuration : logique deuxième place de poule qui nous obligerait à battre une nation 1ère de poule comme l’Afrique du Sud, l’Australie ou l’Angleterre en quart de finale.

L’équipe de France, la dernière roue du carrosse ?                                                                                        Là où le rugby français est vraiment à la traîne des meilleures nations et même des autres, c’est dans la mise en place de moyens au service de l’équipe nationale. Chez nous, la nomination d’un staff d’entraîneurs à temps plein est une finalité en soi alors que toutes les nations ont une vraie politique au service de leur équipe nationale. Les pays s’appuyant sur une structure de province c’est à dire les 3 de l’hémisphère Sud plus l’Irlande, le Pays de Galles et l’Ecosse ont instauré un système pyramidal au service de leur équipe nationale. L’Angleterre, dont le modèle de clubs professionnels ressemble le plus à la France, a, elle aussi, une vraie ambition pour son équipe nationale avec un squad d’une trentaine de joueurs qui sont directement gérés par la structure fédérale et s’entraînent régulièrement ensemble même s’ils sont mis à disposition des clubs la majeure partie de l’année.

En ce sens, la Coupe du Monde 2007 marque véritablement un tournant pour le rugby français en étant à la fois le révélateur de l’échec de la politique fédérale, nous sommes maintenant la seule nation faisant partie des 5 historiques a ne pas avoir gagné cette compétition, et un énorme coup d’arrêt sportif. Après une année de préparation à cet événement pendant laquelle les clubs considèrent avoir fait un effort considérable pour l’équipe nationale pour le résultat que l’on sait, il n’est plus question maintenant d’en faire plus que les simples rassemblements d’avant match dans les fenêtres officielles définies par l’IRB.

L’explication avancée à un tel écart avec les autres nations vient à la fois de la bicéphalité clubs / fédération et du manque de finances de la part de la FFR. En effet, en étant propriétaire de son stade comme la Fédération anglaise, la fédération française pourrait négocier des plages d’entraînements pour l’équipe nationale contre rétribution financière aux clubs. Ce qui veut dire que l’on n’est pas sortie de l’auberge car si certains stratèges fédéraux pensent qu’en faisant un procès au stade de France, la FFR va récupérer rapidement son indépendance et une capacité à trouver des fonds supplémentaires, ils se mettent le doigt dans l’oeil. Le problème n’est pas prêt d’être résolu et l’équipe de France peut se désespérer de n’avoir qu’un cadre de travail à peine suffisant pour proposer un jeu qui dépasse les limites d’une bonne conquête et d’une défense organisée.

Le France, définitivement une nation mineure ?                                                                                            Il est quand même difficile d’imaginer qu’en ayant les clubs les plus riches du rugby mondial, en possédant un réservoir de joueurs riche de qualité et de quantité, notre pays doive se contenter de jouer les faire-valoir du rugby mondial, capable de faire peur à tout le monde l’espace d’un match et de faire rire le reste du temps ! La France a raté une occasion unique d’être championne du monde en 2007 et n’est pas prêt d’en retrouver une autre du même acabit avant longtemps.

De fait, il serait aujourd’hui opportun de lancer les états généraux du rugby au service de l’équipe de France mais, apparemment, le rugby français est à l’image du football anglais. La supériorité économique des clubs a pris la mesure du pouvoir régalien de la fédération. A ce rythme, la logique voudrait même que, dans un futur proche, les joueurs se blessent diplomatiquement à l’approche des matchs internationaux vu que, de toute façon, à part la Coupe du Monde, le reste des rencontres ne présentent pas de véritable enjeu bien en deçà, en tout cas, de ceux représentés par un titre de champion de France ou d’Europe. L’heure est plus grave que l’on veut bien le dire !

Il est quant même malheureux que dans le pays qui aimait se venter de ne pas avoir de pétrole mais des idées, son rugby fédéral ne soit capable d’avoir ni l’un, ni l’autre…

Commentaires (1)

Alain Ghibaudo24 novembre 2008 à 18:59

« Les Etats généraux du rugby au service de l’Equipe de France » c’est pas mal, toutefois, je doute que la FFR ait une grande marge de manœuvre et un grand pouvoir de conviction à l’égard des clubs à l’avenir.
Le rugby professionnel s’apparente désormais au monde du football professionnel (toute proportion gardée). Les clubs sont ni plus ni moins des entreprises où l’intérêt économique prime, avec là aussi la pression de la relégation en Pro D2 qui change la donne au niveau financier, tout comme la recherche du Saint Graal via une qualification pour la H Cup.
Les ligues fermées sont-elles des solutions ?
La création de provinces (régions) le sont-elles aussi ?
L’afflue massif de joueurs étrangers bonifie nos championnats Pro D2 et Top 14, mais n’appauvrit-il pas nos championnats, notamment à certains postes ?

Je ne jugerai pas l’Equipe de France et les choix du Sélectionneur, sur ses récentes prestations, car nous sommes des millions d’entraîneurs devant notre poste.
En revanche un sélectionneur ne peut pas être « Content » et « Satisfait de la progression de son équipe durant la tournée » tel que j’ai pu le lire aujourd’hui. Pour ma part je n’ai pas vu de progression… et je n’ai pas vu non plus de changements significatifs dans le jeu et dans les intentions de jeux depuis la Coupe du Monde.
Où est donc passé le jeu à la française ? Le french flair ?

Il est donc temps, effectivement Laurent, d’organiser les Etats Généraux du rugby : AU SERVICE DE L’EQUIPE DE France…

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