Equipe de France : Les montagnes Russes

Chronique du 16 mars 2009

Est-il possible d’expliquer une telle défaillance ? Si l’équipe de France n’était pas rentrée sur le terrain, il serait envisageable de trouver une raison : le bus bloqué dans les embouteillages, la porte du vestiaire restée fermée à clé,… Mais, là, comment raisonnablement expliquer une aussi importante défaillance de l’équipe de France alors que, justement, elle avait été aussi brillante 2 semaines plus tôt contre le Pays de Galles ? Pourtant, c’est beaucoup plus simple qu’il n’y parait !

Pourquoi un tel accident de parcours ?

En premier lieu, il faut dire que la violence de cette défaite provient du contraste qu’elle créée après la victoire contre le Pays de Galles. Si l’équipe de France s’était déplacée à Twickenham après une succession de défaites notoires, la leçon de rugby subie face aux anglais n’aurait, finalement, rien de surprenant. Elle aurait été dans la juste logique des choses. Par contre, comme les Français ont été brillants face aux Gallois et plutôt rassurants face aux Australiens à l’automne, personne ne pouvait prévoir une telle déroute, qui plus est face à des Anglais qui, eux, ont beaucoup perdu ces derniers temps. 

Quel est le véritable niveau de l’équipe de France ? Celui entrevu face au Pays de Galles ou celui proche du néant de ce week-end ? Ni l’un, ni l’autre bien sûr. Ces 2 matchs constituent les 2 extrêmes dans lesquels l’équipe de France peut naviguer. La vérité est au milieu. Enfin, pas complètement au milieu. Malheureusement, j’ai tendance à penser qu’elle est plus proche de la domination physique que les Anglais nous ont fait subir que de celle que nous avons infligé aux Gallois. La performance physique des Français face aux Gallois est beaucoup plus surprenante que la manière dont nous avons encaissé celle des Anglais.

Alors que la plupart de nos adversaires ( Angleterre, Irlande, Galles ) s’entraînent de plus en plus et obligent leurs joueurs à privilégier les matchs de l’équipe nationale, la France n’a pas progressé à ce niveau-là, elle a même régressé depuis 2007 en termes de mise à disposition des joueurs. De fait, la performance des tricolores contre Galles 5 jours après un Toulouse – Clermont où 9 joueurs étaient concernés a de quoi surprendre beaucoup plus que la domination physique et la réussite des attaques Anglaises face à un système défensif nouveau et une composition d’équipe toujours en chantier. Dans l’état actuel des choses, perdre en Angleterre avec un écart conséquent n’est pas illogique. Par contre, la manière dont cela s’est passé ce week-end mérite explication.

La défaillance physique comme principale raison :

La première voire l’unique raison de la défaite Française vient de la défaillance physique des joueurs. Si les essais Anglais ont, eux-mêmes, d’autres explications ( voir ci-dessous ), l’impossibilité pour l’équipe de France de remporter ce match vient d’abord de son absence physique sur le terrain. La preuve en est sa domination entre la 8ième et la 20ième minute. L’équipe de France, pendant ce laps de temps, prend le match à son compte et enchaîne les temps de jeu pour essayer de déstabiliser l’adversaire. Mais, très vite, on se rend compte de l’incapacité des joueurs tricolores à changer de rythme, à accélérer et à être percutant, à une ou deux exception près comme Dimitri Szarzewski et Matthieu Bastareaud en une occasion. Du coup, malgré leur domination, les tricolores sont incapables de se créer la moindre occasion et s’épuisent même à ce jeu stérile. Le premier contre Anglais en sera la triste représentation.

Pas besoin de chercher des explications tactico-techniques, les Français ont explosé physiquement face aux Anglais et même avec une défense mieux organisé, ils n’auraient pu remporter ce match car ils auraient, de toute façon, été sous l’emprise physique de leurs adversaires tout au long du match. Par contre, la lourdeur du score et la manière s’expliquent, eux, par les mauvais choix du staff. 

Les erreurs de Marc Lièvremont :

Si les Français ont laissé marquer leurs adversaires aussi facilement, cela vient principalement des décisions prises par Marc Lièvremont. Sur 2 essais au moins, la troisième ligne est fautive et plus particulièrement la paire Chabal – Dusautoir. Ces deux joueurs n’ont pas su communiquer entre eux et leurs actions désolidarisées ont, du coup, facilité le travail de l’attaque Anglaise. Plutôt que de jeter le blâme sur tel ou tel joueur, il est important de rappeler le contexte. Contre le Pays de Galles, la France s’est imposée avec un nouveau système de défense et une 3ième ligne Dusautoir- Harinordoquy – Ouedraogo. Imposer un nouveau système défensif qui demande une extrême précision et, donc, beaucoup de cohésion et de communication entre les joueurs a une contrainte : donner à ces derniers le temps de l’intégrer. Et en termes de temps, je ne parle pas d’une petite semaine d’entraînement mais de beaucoup plus que cela. Sachant que le temps de travailler ensemble, les joueurs Français ne l’ont pas, il ne restait qu’une solution à l’entraîneur Français : garder la même équipe en espérant que l’euphorie qui l’a porté contre le Pays de Galles perdure sur ce match. 

En changeant la composition de son équipe et plus particulièrement sa troisième ligne, Marc Lièvremont a sacrément fragilisé sa défense. Comme, en plus, les joueurs n’y étaient pas physiquement, le manque de cohésion d’ensemble, normal vu les circonstances, s’est révélé dramatique. En mettant Sébastien Chabal, qui est d’abord un 3ième ligne centre et qui fait, depuis 6 mois, les efforts nécessaires pour jouer seconde ligne, à l’aile de la 3ième ligne, Marc Lièvremont a fragilisé tout son système défensif. Comme en plus, les Anglais avaient étudié ce fameux système et avaient pour stratégie de positionner leurs trois quarts en face de nos 3ième ligne et que, cerise sur le gateau, des joueurs comme Thierry Dusautoir ont, sur ce match, marqué le pas physiquement, tout s’est enchaîné pour provoquer la catastrophe de la premère mi-temps. 

En gardant la même troisième ligne que contre les Gallois et donc avec une paire Ouedraogo -Dusautoir, plus mobile, pour colmater les brèches, peut-être que l’addition aurait été moins lourde ou que, surtout, elle aurait mis beaucoup plus de temps à gonfler.  17 à 0 à la 23ième minute et 29 à 0 à la mi-temps était le pire scénario possible.

En conclusion : Absence physique + Raté Tactique = Branlée !

Il ne sert à rien maintenant de rester bloqué sur ce qui est une déroute. Il faut rebondir dès l’Italie samedi pour terminer le Tournoi à 3 victoires, ce qui est le minimum. Le problème, ensuite, va être de savoir quand sera la prochaine victoire du quinze de France. En Australie et Nouvelle Zélande ? Devant l’Afrique du Sud et la Nouvelle Zélande à l’automne ? Difficile d’imaginer qu’une équipe de France ballottée aux 4 vents du rugby Français soit capable d’un exploit face à des équipes nationales qui se structurent de plus en plus en termes d’entraînements et de préparation là où nos joueurs sont écartelés entre les objectifs de leurs clubs et les impératifs de quelques matchs internationaux coincés au milieu d’une saison interminable. Ce n’est pas pour autant qu’il faut parler de provinces et jeter l’opprobre sur nos clubs mais il est peut-être temps que le rugby Français soit capable d’une vraie stratégie au service de son rugby, de l’équipe de France jusqu’aux clubs !

Commentaires (2)

steynthebest16 mars 2009 à 19:44

Bonjour.
Pas grand chose à dire devant une telle faillite…Effectivement, la perspective de savoir que la possible victoire contre l’Italie est la dernière avant un bon bout de temps n’est guère réjouissante…A ce propos il n’est pas sur, à la vue, de notre prestation à Twickenham et de celle des Italiens à Flaminio que la Françe l’emporte.Au moins nous verrons si ce groupe a des ressources mentales pour surmonter cette désillusion…

marc16 mars 2009 à 21:54

A cette approche, que je partage, j’ajouterais 2 remarques :
- je n’ai pas l’impression de voir un capitaine sur le terrain qui analyse la situation et qui met en place une stratégie pour arrêter l’hémorragie
- il faut des hommes de métier à des postes clés : Trinh-Duc n’est pas à la hauteur pour ce type de match et Traille a sauvé les meubles. Le retour annoncé de Michalak est une bonne nouvelle à condition qu’il joue 10….
Nul part, je ne trouve l’explication du non retour dans la groupe de Beauxis qui est un 10 expérimenté et qui sait buter…

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