Equipe de France : il faut sauver le soldat Lièvremont !
Chronique du 23 mars 2009
C’est pas qu’il ait besoin d’être sauvé puisqu’il n’a jamais été en danger. A la FFR, depuis les époques Ferrassienne, on ne se soucie du destin de l’équipe de France qu’en période électorale. Or, comme celles-ci ont toujours lieu après les Coupes du Monde, pas de crainte à avoir pour le sélectionneur national. Non, la défense du soldat Lièvremont porte sur les attaques, pas totalement gratuites puisqu’elles font vendre, de la presse et les rancœurs du microcosme issu des clubs qui en profitent pour prendre leur revanche sur un sélectionneur choisi par la direction technique nationale.
Marc Lièvremont a évolué vers plus de pragmatisme :
Les attaques de la presse sont finalement nées d’une incompréhension qui provient d’un mélange de ce que disaient les entraîneurs nationaux en… 2008 et de ce qu’ils font actuellement. La naïveté de la prise de pouvoir et des expériences du 1er Tournoi des VI Nations a laissé place à du pragmatisme et à un meilleur équilibre entre cadres autour de la 30aines et jeunes espoirs. De même, Marc Lièvremont et ses adjoints ont compris qu’il était important de bâtir une stratégie en tenant compte des spécificités de leurs adversaires pour espérer gagner des matchs. On peut leur reprocher d’avoir mis une saison à changer mais on ne peut pas les accuser soit de ce qu’ils ne font plus soit de ce qu’ils font de la même manière que leurs prédécesseurs.
Je ne suis pas contre faire des reproches aux sélectionneurs au moment du bilan de ce Tournoi, mais il ne faut pas tomber non plus dans un populisme opportuniste. En ce qui me concerne, 3 choses m’ont gênées dans le parcours de l’équipe de France.
En premier, le changement de cap après la défaite en Irlande où au lieu de bâtir sur ce qui avait bien marché à Dublin et tenter d’améliorer les faiblesses, les sélectionneurs ont tout cassé, pris certainement sous la pression du résultat. C’est, à mon avis, un coup d’arrêt qui a perturbé le discours des entraîneurs Français auprès des joueurs et des journalistes. La victoire contre le Pays de Galles aurait pu permettre de relancer cette volonté d’équipe de France ambitieuse sauf que le désastre anglais est passé par là. C’est ce changement de cap qui donne, à mon avis, l’impression d’une stratégie chaotique sur laquelle s’est précipitée la presse comme la vérole sur le bas clergé ! Mais si le reproche devait être adressé à quelqu’un, plus que Marc Lièvremont, je viserai ses supérieurs hiérarchiques qui sont Jean-Claude Skréla, DTN avec une finale de Coupe du Monde, et Joe Maso, manager de 3 Coupes du Monde série en cours, qui auraient dû, par leur expérience, aider les entraîneurs nationaux à garder le cap et à séparer le bon grain de l’ivraie. Où étaient-ils, je me le demande encore ?
En second, le positionnement de joueurs à des postes qui ne sont pas le leur. Il ne faut pas rêver, le niveau international est tellement exigeant que si vous n’avez pas la totalité des automatismes du poste en plus d’être physiquement au top, vous coulez ! Le pire c’est que ça aurait pu se passer correctement. Benoît Baby fait plutôt un début de match intéressant dans l’animation offensive et si les joueurs français avaient, dans leur globalité, été mieux physiquement en Angleterre, l’expérience Chabal 3ième ligne aile aurait pu passer entre les gouttes. Pour aller jusqu’au bout du raisonnement, l’utilisation de Damien Traille joueur protée et doué à l’arrière peut marcher jusqu’au jour où il arrivera légèrement en retard sur un coup de pied de déplacement et le rebond facétieux du ballon le surprendra… vous connaissez la suite ! En équipe de France, un joueur doit jouer au poste où il s’exprime le mieux en club mis à part de rares exceptions en tournée où sous le nombre des blessés… Et cette règle vaut aussi bien pour Marc Lièvremont que pour Bernard Laporte, son prédécesseur !
En troisième, ce qui peut-être l’élément le plus important en ce qui concerne la philosophie de cette équipe, je reprocherais à Marc Lièvremont de ne pas récompenser un joueur après une bonne performance et de donner l’impression de ne pas sanctionner assez après une mauvaise. Exemple, après le Pays de Galles, des joueurs comme Barcella et Ouedraogo ne sont pas retenus contre l’Angleterre alors que après la déroute de Twickenham tout le monde reste. Ce n’est pas cohérent dans le message envoyé aux joueurs même si la cohérence des entraîneurs est ici pratique. Il y a une coupure après le Pays de Galles alors que les matchs de l’Angleterre et de l’Italie se succèdent. Il faut maintenant que Marc Lièvremont et ses adjoints fonctionnent à partir d’un groupe où les cadres sont identifiés et la concurrence ne s’applique qu’en cas de contre performance. C’est à ce prix aussi que le jeu de l’équipe progressera.
Pour le reste, l’évolution de Marc Lièvremont vers plus de pragmatisme et de respect des règles de haut niveau me va plutôt bien.
Marc Lièvremont a assuré le présent en préparant l’avenir :
Si l’on fait le bilan joueur de ce Tournoi, on se rend compte que les sélectionneurs français ont réussi un bon équilibre entre joueurs autour de la trentaine et jeunes espoirs. Le problème c’est que cette règle est vraie sur l’ensemble du Tournoi mais pas totalement quand on regarde match par match. Pour caricaturer, on pourrait lui reprocher trop de jeunes au début et trop d’anciens à la fin. En entrant très bientôt dans la période des 2 années qui précèdent la Coupe du Monde, il faut maintenant que les choses soient très claires et les cadres identifiés.
Si l’on fait le bilan du Tournoi, on peut facilement identifier les cadres de l’équipe. En 2 Szarzewski, en 4 Nallet, en 6 Dusautoir, en 8 Harinordoquy, en 12 Jauzion ( qui va bien finir par revenir à son meilleur niveau ) et en 15 Médard ( même s’il continue son apprentissage ). A ceux-là, on peut ajouter en pilier droit Mas et Lecouls ( plus Marconnet pour dépanner ) la révélation en même temps que confirmation de Barcella à gauche, la profusion de choix au centre avec Fritz, Bastareaud, Mermoz, Traille et Baby et l’incertitude à l’aile ou aucun des possibles choix Heymans, Malzieu, Rougerie, Clerc voire Donguy, Planté,… ne semble actuellement indiscutable et au-dessus du lot. A cela, il faut trouver un deuxième ligne grand, c’est le problème de l’association avec Lionel Nallet si l’on veut exister face aux O’Connell, Matfield, Kennedy, Sharpe,… et un troisième ligne complémentaire avec l’association Harinordoquy Dusautoir. Il y a du travail mais les candidats existent et sont même plutôt de qualité.
En ce qui concerne la charnière, la gestion des entraîneurs ne semblent pas remporter l’adhésion. Là encore leur choix radical entre préparer l’avenir ou assurer le présent les a desservis. Certains journaliste oublient que la France a attaqué la Coupe du Monde 2007 avec une charnière qui n’existait pas un an avant, charnière qui a implosé après le match d’ouverture. Donc, on ne peut pas totalement donner tort à Marc Lièvremont et Emile N’Tamack quand ils tentent de préparer 4 jeunes à ce poste pour une telle échéance. En effet, il me parait évident qu’ils ont déjà en tête leur charnière version 2011 : ça se jouera entre Parra et Tillous-Bordes en 9 et Trinh-Duc et Beauxis en 10 si les blessures et la méforme ne viennent pas s’en mêler bien sûr. Pour rassurer les grincheux, c’est vrai qu’ils auraient pu prendre Ellisalde comme remplaçant de luxe en 9, en 10 et comme buteur. Tout le monde s’y serait retrouvé et le présent aurait semblé mieux assuré.
En tout cas, plutôt que de faire des faux procès à Sébastien Chabal qui, pour moi, à sacrement progressé à un poste, 2ième ligne, qui n’est pas totalement le sien, force est de constater que le groupe de joueur qui se dégage à la suite de ce Tournoi présente un potentiel intéressant sur lequel les entraîneurs nationaux vont pouvoir travailler. Enfin, travailler…
Comment juger un entraîneur qui n’entraîne pas ?
Ce qui m’énerve le plus dans le procès fait au quinze de France c’est que pour juger de la qualité d’entraîneur de Lièvremont, il faudrait qu’il puisse exercer son métier dans des conditions décentes. Toutes les équipes qu’il rencontre ( pour les nations majeures bien sûr ) ont axé la préparation physique des joueurs sur les rencontres internationales et ont des plages d’entraînement pour développer le jeu de l’équipe et les automatismes des joueurs. Pas nous ! J’ai déjà fait une chronique là-dessus et je ne vais pas y revenir mais tant que le cadre français n’évoluera pas, la France restera entre la 6ième et la 8ième place mondiale. C’est pour cela, d’ailleurs, que je trouve que les bleus ont fait un Tournoi correct, vu les circonstances : calendrier difficile avec 3 déplacements plus la réception du favori et une 3ième place au final ! L’année prochaine le calendrier sera meilleur et on pourra viser les 2 premières places.
Dans l’histoire de l’équipe de France il y a une litanie de match ratés même les premières 40 minutes en Angleterre ont été plutôt violente de ce côté-là ! La grande force du rugby français, c’est ça qualité de résilience. Il a toujours préféré oublier plutôt que de se poser les bonnes questions. Mais, grand dieux, si l’on doit chercher des coupables, ayons le courage de faire le procès du rugby français dans son ensemble et pas d’un seul homme,qui est plutôt une victime en l’occurrence !
Je partage tout à fait ce billet.
On aura beau avoir les meilleurs des meilleurs joueurs et le meilleurs des meilleurs entraineurs, tant que le rugby français ne met pa sl’edf dans de meilleurs disposition, on arrivera pas à progresser.
Bonjour.
Pour ma part je suis optimiste.Avec des joueurs d’une telle qualité, il est impossible que nous ne réussisions pas quelque chose.L’encadrement a besoin de temps pour s’imposer ainsi que son style.Il ne faut pas oublier que nous sortons de 8 ans d’ère Laporte.Difficile de tous changer d’un claquement de doigt.Patience, patience.Le staff est compétent et il est en train d’apprendre.Ils vont maintenant pouvoir tout poser à plat sans cette agaçante pression médiatique qui au bout de 2 contre performances veut tout remettre en cause!!!Comme vous le dites, cela c’est déja amélioré.On commence à voir un axe 2-8-9-10-15 se former avec Szarzewski, Harinordoquy et Médard.Reste la charnière.Mais là encore soyons patients!!!Les automatismes ne vont pas apparaitrent au bout de quelques malheureuses associations.Autour de cette épine dorsale quelques joueurs sont indiscutables (le capitaine, Dusautoir, Jauzion…).La politque du jeunisme à tout prix semble avoir été abandonné ce qui me semble bien.
Maintenant, attendons la tournée.Même si cela s’annonce difficile, cela ne peut être que bénéfique pour le futur.
Complètement d’accord avec toi, sauf sur le fait de ne pas faire jouer les joueurs à leur poste. Pour moi, dans le rugby moderne, passé le premier temps de jeu, tout le monde est interchangeable, et la différence se fait entre les équipes du top mondial (sudaf-Aussies-Blacks) au niveau du rendement des joueurs en dehors de leur role spécifique. Je m’explique : un talonneur comme Szarzewski, lorsqu’il se retrouve impliqué dans une action au large sur un 3° temps de jeu a un meilleur rendement que Sébastien Bruno, parceque Dimitri a des attitudes de 3/4 dans le jeu au large. Pareil pour un premier ou second centre qui doit savoir s’adapter aux situations quand il se retrouve en position d’ouvreur, d’ailier ou d’arrière par le hasard des temps de jeu . Dans le Super 14, on voit souvent ces types d’adaptations.
Je voudrais déjà dire bravo à Mr Bénézech pour ce blog. Vos articles sont très pertinents, vous ne profitez pas de votre liberté de paroles pour règler vos comptes et déverser votre frustation, contrairement à d’autres confrères (je ne citerai pas de nom..) et (pour l’instant, pourvu que ça dure) votre blog est fréquenté par des personnes aimant ce beau sport qu’est le rugby.
Désolé pour cette petite appartée, mais je tenais à vous le dire.
Super article que vous avez fait là, moi j’en veux à Marc Lièvremont surtout pour le fait de ne pas faire jouer les joueurs à leurs « vrais places » et de ne pas avoir pris de buteur très expérimenté. Après nous avons de bon, voir très bons joueurs sur ce point il n’y a pas de problèmes mais le rugby se joue beaucoup avec des automatismes, des repères et si un joueur joue centre dans son club toute la saison, il est très difficile de le faire jouer à l’ouverture ou à l’arrière qui plus est au niveau internationnal ou l’erreur, l’hésitation, est payés cash.
Lièvremont a peut être une stratégie pour le futur et je l’espère.
Par contre, ce goût amer laissé par le tournois va être difficile à faire car la tournée n’est pas des plus facile.
Excellent blog avec des analyses d’une grande pertinence. Je suis en Afsud et lire « L’oeil de Benezech » me donnait une vision complete de ce qui avait pu se passer pendant le week-end. J’aime ce blog!
Je ne dirais pas que tous les postes dans quasiment tous les sports sont interchangeables. Un avant reste un avant, sinon ce ne serait plus du rugby! Il y des moments dans le match ou les postes sont interchangeables. Qu’il y ait des piges a des postes differents de temps a autres, pourquoi pas! Cependant, on serait compte au bout de la 2e pige que le joueur n’a pas d’automatisme a son poste. A mon sens, faut pas trop toucher a 2-8-9-10.
Je ne pense pas que Lievremont manque de charisme. Jusque-la, il manque de coherence et de continuite. C’est autant la faute de ses selections que des joueurs supposes cadres qui parfois se ratent completement.
L’EdF a le potentiel pour gagner la Coupe de Monde mais je ne pense pas que ce sera en 2011. Les structures ne sont tout simplement pas adaptees. J’ai l’impression qu’on pense a la CdM l’annee ou elle se passe mais le reste du temps, c’est un peu la gueguerre, d’ou l’impression de gachis chaque 4 ans.
Le succes en CdM n’est pas si loin, mais ca demande plus de regularite, de travail sur les fondementaux et un environnement ou tout le monde se donne la main pour reussir ensemble. Un peu a des annees-lumieres de maintenant!