Equipe de France et Top14 : Vive les doublons !
Chronique du lundi 23 novembre 2009
Les clubs de Top14 ont joué la 13 ième journée de championnat en même temps que l’équipe de France. Une énorme erreur pour le rugby français ? Pas sûr quand on y regarde de plus prêt. Explications.
Des stades remplis jusqu’à la gueule :
Ce n’est pas parce que l’équipe de France joue que les stades des clubs sont vides. 12 000 spectateurs pour le derby Parisien, Stade – Racing, 10 000 à Castres pour un autre derby, entre Tarn et Garonne celui-là, 15 000 à Clermont, 13 000 à Bayonne et 12 500 à Toulon, on ne peut pas dire que les clubs ont souffert de la concurrence. Au contraire même. C’est à croire que le fait que l’équipe de France joue fait encore plus parler de ce sport et donne encore plus envie d’aller au stade Comme si la dynamique entre tous ces matchs servait à la promotion du rugby.
Alors, bien sur, la victime du week-end c’est l’équipe de France qui n’a fait que… 54 000 spectateurs au Stade de France. Mais 54 000 spectateurs face aux Samoas, c’est une belle réussite. Le même résultat à Nantes, Marseille ou Lyon aurait été salué comme un succès. Les ratés de cette tournée d’automne, c’est de ne pas avoir fait 80 000 spectateurs contre l’Afrique du Sud et la Nouvelle Zélande, pas contre les Samoas. En effet, principalement* pour des problèmes commerciaux entre la FFR et le Consortium du Stade de France, la fédération a refusé de jouer à Saint Denis ses 2 principaux matchs de l’automne. Tout cela à cause du combat que la fédération française de rugby a engagé contre le consortium qui gère le Stade de France. Celle-ci ne digère toujours pas un contrat signé les yeux fermés en 1997 par Bernard Lapasset qui limite les revenus de la fédération à tel point qu’il est financièrement plus intéressant de jouer à Marseille, 50 000 spectateurs, qu’à St Denis, 80 000. Et comme la renégociation approche ( 2013 ), la fédération fait le forcing avant certainement de… re-signer dans à peu près les mêmes conditions.
En tout cas, une chose est sûre, quand les clubs jouent en même temps que l’équipe de France, les stades sont bien remplis. C’était déjà le cas l’an dernier et ce week-end vient totalement confirmer la chose.
Un championnat qui se trouve rééquilibré naturellement :
Lorsque l’on regarde les résultats du week-end, on se rend compte que les 4 demi-finalistes de la saison dernière : Perpignan, Toulouse, Clermont et le Stade Français ont perdu. C’est peut-être le fait du hasard car, par exemple, dans un week-end sans match internationaux, Biarritz avec Harinordoquy, Traille, N’gwenya, Erinle entre autres aurait, aussi, très bien pu l’emporter à Clermont. Néanmoins, c’est aussi un signe qui apporte la preuve que en créant ces doublons, la LNR a tendance a rééquilibrer un Top14 à qui l’on a trop souvent reproché de se disputer seulement entre 4 ou 5 équipes. Avec les défaites de Perpignan à Albi, de Toulouse à Castres et du Stade Français au Racing, c’est beaucoup moins vrai. Actuellement le Stade Français est en 7ième position, Biarritz n’est que 6ième et, surtout, il n’y a que 10 points d’écart entre le 1er, Perpignan, et le 8ième , le Racing-Métro. De plus, en battant Perpignan, Albi s’est redonné de l’air et se dit que tout n’est pas encore perdu.
Même le jeu s’y retrouve. Le Stade Français, en se présentant au Racing avec une équipe affaiblie, a décidé de faire du jeu à tout va, ce qui a bien failli lui réussir et a permis de voir un match beaucoup plus enlevé que si l’on avait été dans une configuration normale où les 2 packs se seraient avant tout livrés à un combat au près, histoire de suprématie locale. Biarritz, aussi, a joué avec beaucoup moins de pression à Clermont et ne s’est pas contenté d’assurer le bonus défensif mais, au contraire, de prendre des risques dans les dernières minutes pour l’emporter.
Bien sûr, les entraîneurs des clubs peuvent se sentir frustrés. Non seulement, ils doivent se casser la tête pour aligner une équipe digne de ce nom mais, en plus, ils doivent composer avec les conséquences d’une mauvaise performance qui remet en cause beaucoup de leur travail sans qu’ils en soient pour autant responsable. Malgré celà, les doublons, et le fait qu’il y en ait plusieurs dans une même saison, va dans le bon sens : d’une part, ils permettent d’avoir une inter saison et donc une période de préparation qui ne soit pas réduite à sa plus impression ( c’est d’ailleurs la raison qui explique pourquoi les joueurs de l’équipe de France sont actuellement compétitifs ) et, d’autre part, ils rajoutent un peu de piment au Top14 en provoquant des surprises et des résultats qui n’auraient peut-être pas existé sinon ( avec David Marty, Nicolas Mas et Maxime Mermoz, l’USAP n’aurait peut-être pas fini 1 point derrière Albi ce vendredi )
Quel futur pour les doublons ?
Tant que le Top14 se jouera à 14 clubs, il n’est pas possible de faire sans. J’insiste même, c’est une bonne chose pour garantir la préparation des joueurs et pour amener une dose d’incertitude dans une compétition qui en a de plus en plus. La seule solution pour éviter les doublons c’est de passer au Top12 ce qui veut, évidemment, dire 12 clubs au lieu de 14. A ce moment-là, 4 week-ends seraient économisés, ceux justement qui servent de doublons ou de matchs en semaine. A aujourd’hui, les présidents de club ne souhaitent pas réduire l’élite du championnat car ils pensent que la carte de France du rugby, qui est déjà déséquilibrée, n’en serait que plus réduite. Si l’on regarde le classement tel qu’il était il y a encore une semaine, les clubs classés 13 et 14 étaient Bayonne et Albi, ce qui n’aurait en rien changé la représentativité nationale du rugby. Par contre si cette réduction empêche des villes comme Lyon, Grenoble ou même Agen ou Pau de rejoindre l’élite du rugby français, effectivement, celui-ci aurait beaucoup à y perdre…
Le seul perdant déclaré des matchs doublons, c’est finalement Canal + qui, l’an dernier, avait annoncé des audiences en baisse sur ces week-ends particuliers. Espérons que cette tendance ne se confirmera pas cette année mais, en même temps, rien n’interdit les responsables du marketing de la chaîne cryptée d’être un peu plus inventif en faisant jouer une affiche un dimanche après-midi ou, pourquoi pas, un lundi soir ???
* C’est vrai qu’il y avait aussi le problème des barrages pour la Coupe du Monde de football mais le fond du problème reste le différent commercial entre les 2 entités.
Bonjour,
c’est peut-être le fait d’avoir encore la tête en week-end, mais cette phrase m’échappe :
« Par contre si cette réduction empêche des villes comme Lyon, Grenoble ou même Agen ou Pau de rejoindre l’élite du rugby français, effectivement, celui-ci aurait beaucoup à y perdre… »
Pouvez-vous développer votre pensé SVP ?
À moins que ce ne soit (en partie) ironique… ?
Merci pour vos éclairages, j’apprécie beaucoup vos avis.
Obligatoirement, si l’on réduit l’élite à 12 clubs, le processus d’accessit au Top14 sera plus compliqué,d’une part parce qu’encore plus concurrentiel entre les bastions du rugby et les bassins de développement possible et, d’autre part, parce qu’une des décisions qui pourrait accompagner ce changement c’est de procéder, comme en Angleterre, à un système à une seule montée de la ProD2 en Top14, ce qui serait une erreur et réduirait d’autant le potentiel de développement sur tout le territoire national de l’élite professionnel…
Salut Laurent,
Pas vraiment d’accord avec ton analyse, pour une fois!
Si l’objectif d’avoir un TOP14 avec le plus de suspens possible est louable, celui de le transformer en « course à handicap » ne l’est pas, et je comprends l’amertume des dirigeants de club quand des résultats sont faussés faute d’avoir pu aligner la meilleure équipe possible (certains clubs ont déjà bien assez de blessés pour voir leurs internationaux ne pas jouer…).
Je ne suis pas convaincu par tes arguments contre la réduction à 12 clubs:
- en quoi le fait que l’équité sportive ne soit pas respectée à cause des doublons est-il un plus pour la notoriété et le rayonnement du championnat. Créer artificiellement des « surprises » n’attire pas plus de monde dans les stades, ou devant sa télé;
- en quoi cela gènerait-il le maintien d’une intersaison respectable?
- en quoi cela gènerait-il l’émergence de nouveaux clubs ? Le développement du rugby hors de ses terres d’élection n’est pas uniquement lié à la présence d’un club en première division nationale! Et puis il existe une proD2 qu’il ne faut pas oublier… Je pense d’ailleurs qu’il est plus dommageable pour le rugby de voir des bastions s’effondrer que de nouveaux clubs débarquer (très schématiquement, il s’agit souvent de petites villes dont la renomée et l’économie pâtissent de la relégation -Béziers par ex.- alors que les cadors qui débarquent sont des grandes villes qui n’ont guère besoin du rugby comme vecteur de notoriété -Marseille ou Lyon dans le futur? pour ne pas évoquer Paris et ses deux clubs de l’Elite…-).
On pourrait envisager une élite à 12 clubs, avec 2 montées-descentes pour assurer le brassage et éviter l’installation d’un système trop cloisonné (qui s’apparenterait à un système de « franchises » déguisé).
Du coup, on aurait des gros matchs tous les WE (regardons ce que cela ferait dans notre actuel championnat : suspens assuré tout au long de la saison!), un niveau de jeu constant et de qualité, une ProD2 dont le niveau serait aussi plus relevé, et qui aurait peut-être encore plus de visiblité nationale du coup…
Après, se pose le problème du « manque à gagner » pour les clubs (4 matchs en moins = 4 recettes public + droits en moins) qu’il faudrait gérer, et c’est sans doute le plus complexe!
Amitiés,
jeff
Bonjour
Moi aussi je ne suis pas trop d’accord avec toi.
Il n’y a vraiment qu’en Rugby que l’on peut voir ces invraisemblables doublons. J’imagine la réaction de l’encadrement de l’USAP ou du Stade T s’il manque à ces clubs un point ou deux pour rentrer dans les 4 demi-finalistes au mois de mai. Ces doublons étaient une mascarade sans conséquences jusqu’à l’an dernier, avec le resserrement de la valeur sportive du Top 14, ils ne sont plus acceptables.
Si les joueurs ont besoin de repos, il n’y a qu’à laisser une seule tournée par an. En dehors du besoin d’argent des fédérations du sud, quel l’intérêt de la multiplication de ces test matchs ? Soit, ce sont les joueurs du sud qui sont au bout du rouleau en fin de saison, soit ce sont ceux du nord. Quant au développement du rugby en dehors de ces zones géographiques nationales voire internationales, ça fait 100 ans qu’ont en parle et qu’ont ne voit rien venir. Rien que pour la France, je crois même que son implantation a plutôt régressé (que sont devenus les clubs de la vallée du Rhône, de la Drôme… La Voulte, Romans etc.)
Salut Laurent,
Voici un débat des plus intéressants. le moins que l’on puisse dire c’est que tu y vas de ton avis à contre courant de la vague consensuelle, il y a là du cadrage-débord de pilier ou je ne m’y connais pas. Mais j’apprécie ce point de vue car, je dois bien l’avouer, je ne voyais pas les choses comme cela. A bien y réfléchir, outre la fréquentation qui se tient, l’idée d’une « course à handicap » (merci Jeff pour la formule) n’est pas si néfaste pour entretenir le suspense.
Néanmoins, il faut bien accepter l’évidence que les économistes soutiennent : tout est affaire d’argent. Pas sûr que les présidents de clubs et autres mécénes bienfaisants (pour le moment) du rugby français goûtent autant les joies du suspense avec leur portefeuille. Ils paient les joueurs à la fois pour les avoir mais aussi pour faire un résultat à la fin de la saison et le calendrier se met entre eux et le brennus comme la muletta entre le torero et le taureau. Ils pourraient voir rouge en cette période de suppression du DIC et revoir à qui le recrutement, à qui la mise à disposition des joueurs pour les équipes nationales pour les tests.
Affaire à suivre donc mais j’avoue que je dois te suivre car, présent dans les travées de Colombes, je me suis bien amusé à suivre ce derby parisien sur le plan du jeu… moins sur le plan de l’ambiance entre les deux équipes sur et en dehors du terrain mais cela est une autre affaire sur laquelle tu auras sûrement l’occasion de revenir dans un prochain post. Pourvu que le rugby n’exacerbe pas les passions pour rejoindre le foot dans ce qu’il a de plus détestable. J’ai un peu peur…