Chronique du lundi 10 avril 2012.
Des quarts de finale de HCup aux résultats surprenants avec Toulouse dominé par Edimbourg, Clermont qui s’impose chez le champion d’Angleterre et, surtout, l’Ulster qui surprend le Munster sur ses terres. Explications…
Toulouse n’y était pas physiquement :
Le Stade Toulousain est au creux de la vague. Tout juste un mois après la fin du Tournoi et au bout de, déjà, 8 mois de saison, les joueurs Toulousains commencent à manquer d’explosivité et de capacité à accélérer face à des adversaires qui jouent peu en comparaison et peuvent, plus facilement, travailler leurs pics de forme. Sur ce match, la véritable différence est venue de la fraîcheur physique avec des Ecossais capable de bien occuper le terrain dans leurs déplacements, d’être suffisamment présents sur les points de rencontre pour gêner leurs adversaires et se contenter de gérer une avance au score qui, au fil du match, s’est révélée rédhibitoire.
Autant le manque de fraîcheur physique à ce moment de la saison n’est pas trop handicapant dans le Top14 où toutes les équipes sont logées à la même enseigne, autant en Coupe d’Europe, face à des adversaires Ecossais, Irlandais ou Gallois qui jouent beaucoup moins et qui peuvent se préparer plus spécialement pour ces échéances, le handicap peut se révéler insurmontable. Avec cette lassitude physique, normale à ce moment de la saison, il faut logiquement associer un manque d’envie et une lassitude morale, pas toujours facile à gérer, et qui s’est certainement changée en un certain manque d’humilité face à un adversaire déjà battu à de maintes reprises et face auquel, en plus, un exploit de Matanavou suffit pour repasser devant au score.
De toute façon, en l’absence de fraîcheur physique, Toulouse aurait eu du mal à passer le cap des quarts de finale quel que soit l’adversaire. Mais le fait que ce soit Edimbourg plutôt qu’une province Irlandaise ou un club Anglais, a certainement aussi joué un rôle dans la médiocre performance de l’équipe. Les joueurs Toulousains n’ont jamais eu peur et cela, en plus d’une prestation émaillée de fautes, leur a coûté le match. La semaine précédente, au Stade de France, il y avait une envie de rédemption après la défaite Béglaise qui avait permis de prendre le dessus sur le Stade Français mais, cette fois, concentration et détermination faisaient défaut aux moments cruciaux.
Toulouse aura réalisé une campagne Européenne des plus moyenne cette saison avec 2 défaites en poule, dont une à la maison contre les Harlequins. Après un départ brillant, 3 victoires, les stadistes ont certainement relâché la pression et se sont laissés dominer non seulement par le club Londonien, mais ont surtout perdu à Gloucester, un match qui aurait dû être synonyme d’élimination si les Harlequins n’avaient pas perdu au Connacht. Déjà, les Toulousains s’étaient fait prendre sur la fraîcheur physique face à un adversaire qui, en jouant tous les ballons, avait fini par asphyxier leur adversaire français. Ce match a peut-être coûté plus cher aux Toulousains que ceux-ci n’ont pu le penser, ayant certainement servi de référent aux Ecossais pour préparer leur rencontre et se renforcer dans leur volonté de produire du jeu et, cela,même si on a été loin des meilleurs standards internationaux sur ce quart de finale…
Clermont sur le toit de l’Europe :
Le contraste entre les 2 clubs français a été criant ce week-end. Surprenant même. Comment les joueurs Clermontois ont-ils réussi à afficher une telle domination physique à un moment de la saison où il serait plus logique de montrer les premiers signes de fatigue et d’essoufflement ? Je n’ai pas d’explication tranchée à ce sujet même si les Clermontois, plus que les Toulousains, avaient pour objectif principal de réussir leur parcours Européen et avaient en tête de passer l’obstacle des quarts de finale, même en se déplaçant à Londres. Il y avait de l’envie, c’est sûr, côté Clermontois, au moment de pénétrer sur la pelouse Watford. Mais cela ne suffit pas au moment d’expliquer la domination physique sur un adversaire qui est pourtant bien armé de ce côté-là. Les Auvergnats ont été impériaux tout au long du match et n’ont laissé aucun espace à leurs adversaires, ce battant centimètre après centimètre, même jusqu’à la dernière seconde.
La véritable différence que je vois entre les 2 équipes, à ce moment de la saison, tient dans le nombre de blessés. Si Toulouse, en plus de Médard et Clerc, n’a pas pu compter sur Millo-Chlusky, Steenkamp, Botha et Mc Alister, entre autres, là où Clermont a eu seulement à se passer de Domingo et Vosloo dans son quinze de départ. Le retour de Zirakachvili, juste au bon moment, a amené un plus au pack Clermontois là, où, l’absence de McAlister a enlevé bien des possibilités à Guy Novès. Mais, plus que sur ce seul match, les absences ont pesé sur la gestion de l’effectif et la possibilité de faire reposer plus facilement les internationaux tout au long du championnat. Ces dernières semaines, il était plus facile de faire souffler ses joueurs cadres du côté de Clermont que de Toulouse. Il n’y a qu’à voir la différence entre William Servat, manquant cruellement d’explosivité, même si le talonneur Toulousain ne manque pas d’envie, et Benjamin Keyser, pas toujours titulaire, pour qui la moindre charge se traduisait en mètres gagnés, allant même jusqu’à initier l’essai de Byrne. Le seul Toulousain proche de son niveau était Thierry Dusautoir qui, comme par hasard, revenait d’une semaine de vacances.
Aurélien Rougerie a été, à ce titre, des plus surprenants, réalisant un énorme match défensif, lui qui avait manqué cruellement de fraîcheur lors du dernier Tournoi. Il a été capable de prendre le dessus sur ses adversaires, qu’ils soient directs ou indirects comme le talonneur Brits. Et même si la pointe de vitesse ne parait pas aussi évidente que lors d’une percée, il est indispensable d’avoir une fraîcheur physique et une explosivité irréproichable pour réussir ce type de plaquages offensifs. C’est bien la preuve que les Clermontois avaient le secret pour réussir à régénérer les organismes et arriver au top le jour J.
Une finale pour Clermont ?
Si l’obstacle Saracens est levé, le prochain défi pour atteindre la finale reste quand même sacrément élevé. Le Leinster a prouvé, ce week-end, qu’il faudra compter avec cette province Irlandaise pour la défense de son titre. Si les Saracens, en maintenant Farrell au centre plutôt qu’à l’ouverture, offraient un profil très classique d’une équipe solide physiquement mais manquant d’imagination au moment de multiplier les temps de jeu, là, avec, le tenant du titre, les Auvergnats vont se frotter à quasiment l’équipe nationale Irlandaise et à une ligne de trois-quarts où l’ouvreur, Sexton, est en train de devenir une référence mondiale à son poste, où O’Driscoll arrive tout frais pour commencer sa saison et, où, D’Arcy, Fitzgerald et Kearney sont à leur meilleur niveau.
Ces dernières années, l’équipe d’Irlande se structurait autouir des avants du Munster et des trois-quarts du Leinster. Mais avec le vieillissement des premiers, c’est cette dernière qui est devenue le principal fournisseur de l’équipe nationale. 1ère ligne ligne Healy – Strauss – Ross ? Tous du Leinster. 3ème ligne O’Brien – Heaslip – McLaughlin ? Tous du Leinster. Charnière Reddan – Sexton ? Leinster. Trois-quarts O’Driscoll- D’Arcy- Fitzgerald – Kearny ? Leinster aussi. Mis à part Earls et O’Connell pour le Munster ( Murray à un degré moindre ) et Ferris et Trimble pour l’Ulster, tous les meilleurs joueurs Irlandais jouent pour le champion d’Europe. Si l’on ajoute Brad Thorn en 2ème ligne et Nacewa à l’aile pour les joueurs étrangers, on se rend compte de la qualité de cette équipe et de la difficulté à les battre.
La demi-finale arrive vite, le 29 avril, il va s’agir, d’ici-là, de continuer à gérer les organismes, quitte à faire l’impasse sur le Top14 pendant 2 semaines. A vrai dire avec des réservistes comme Buttin, Floch, Paulo, Jacquet, Pierre, White, Canale, Murimurivalu entre autres, les Auvergnats ont de quoi assurer le quotidien face au Stade Français et même Montpellier et surtout mettre en vacances les Rougerie, Bonnaire, Parra, Byrne et même Lapandry et Malzieu. Ensuite, il s’agira de préparer tactiquement un match qui, normalement, ce jouera sur les détails. La conquête sera importante. La mêlée Irlandaise a été dominatrice face à Cardiff. Si Ross n’est pas encore une référence au niveau International, il fait ses gammes et sa marge de progression est énorme. Il sera difficile à bouger. Par contre, en touche, avec un alignement Bonnaire, Hines et pourquoi pas Pierre, il y a peut-être moyen de prendre le dessus sur un adversaire qui a été gêné par Cardiff et qui, s’il se retrouvait privé de bons ballons à exploiter, redeviendrait une équipe comme les autres, les Sexton, O’Driscoll, Nacewa et Fitzgerald n’étant plus que de simples défenseurs au lieu d’être les magnifiques attaquants que l’on a vu contre les Gallois. En plus d’une défense qui devra étouffer son adversaire, et surtout répondre présente au combat, la touche peut se révéler être l’arme fatale Clermontoise. Une arme fatale qui pourrait être synonyme de finale…
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